Depuis sa création, Power Corporation du Canada a connu une croissance continue, parfois spectaculaire, sous la direction émérite et avec le soutien de personnes vraiment exceptionnelles. Son histoire est aussi, bon an, mal an, intimement liée à l’évolution économique, politique et sociale du Canada.
La Société a prospéré et apporté une contribution importante et appréciée à l’essor du pays. Elle est passée d’une société de services publics œuvrant au Canada à un holding de gestion diversifié dont les moyens d’action se chiffrent en milliards de dollars et dont le rayonnement s’étend au monde entier.
La société Power Corporation du Canada est créée le 18 avril 1925 par A. J. Nesbitt et P. A. Thomson, les associés principaux de la société financière montréalaise Nesbitt, Thomson and Company. Cette entreprise commence, presque aussitôt après sa fondation, en 1912, à faire des prises fermes et des placements dans la construction et la promotion de services publics d’hydroélectricité au Canada.
Elle refuse les avances d’un spéculateur audacieux de Chicago qui achète des entreprises de services publics partout aux États-Unis; ses dirigeants préfèrent en effet défendre et renforcer le secteur canadien de l’électricité par la consolidation. À cette fin, la firme Nesbitt, Thomson and Company fonde une société ouverte — sous la dénomination toute simple, mais appropriée, de « Power Corporation du Canada » — pour tirer parti de la demande d’électricité croissante des foyers et des usines partout au pays, soutenir par ses conseils la gestion de ses filiales d’exploitation et proposer des services techniques par l’entremise d’une division de construction et d’ingénierie. La société a recours à une organisation du capital social à deux paliers afin de s’assurer qu’elle reste sous contrôle canadien.
En 1930, les sociétés affiliées de Power Corporation exploitent 40 centrales électriques et desservent plus d’un million et demi de personnes au Canada. Puisque les bénéfices nets annuels de la Société ont monté en flèche, le cours unitaire de ses actions ordinaires passe de 5,00 $ à un sommet de 139,75 $ en 1929.
Le krach boursier de 1929 et les années de crise subséquentes portent évidemment un dur coup à la Société. Toutefois, en concentrant son attention et ses ressources dans ses filiales d’exploitation canadiennes, Power Corporation reste rentable au cours des années 1930. Par conséquent, elle sort de la Grande Dépression en excellente position pour profiter de l’essor industriel qui suit la Seconde Guerre mondiale.
Dans les années 1950, Power Corporation continue de prendre des positions minoritaires dans des sociétés de production électrique canadiennes. Mais surtout, elle acquiert une participation dans la Compagnie d’Électricité Shawinigan, l’un des plus grands producteurs privés d’hydroélectricité au monde, propriétaire d’installations énormes au Québec. Parallèlement, les services d’ingénierie et de construction de Power conçoivent et réalisent de nouvelles installations hydroélectriques innovatrices de la Colombie-Britannique à Terre-Neuve.
Les années 1960 apportent des changements importants qui sont imposés à Power Corporation alors que les gouvernements provinciaux du Canada décident de nationaliser l’industrie de l’hydroélectricité, qu’elles considèrent comme un service public essentiel. Entre 1962 et 1964, le portefeuille de la Société est liquidé à plus de 80 %.
Désormais dirigée par A. Deane Nesbitt et Peter N. Thomson, fils des fondateurs, Power Corporation a besoin d’une nouvelle stratégie. Au lieu d’investir dans un grand nombre d’entreprises sur lesquelles elle n’aurait eu que peu de contrôle ou d’influence, Power utilise ses liquidités considérables pour acquérir des participations importantes dans seulement quelques sociétés très diversifiées des secteurs de l’énergie, des services financiers, des produits industriels et de l’immobilier.
Le nombre de sociétés représentant 90 % ou plus du portefeuille de Power Corporation passe de 31, en 1962, à 18, trois ans plus tard. De plus, pour mieux protéger ces placements, la Société cherche à intervenir plus activement dans l’élaboration des stratégies de développement et dans la gestion des sociétés en cause.
Au début de 1968, la direction de Power Corporation passe des actionnaires fondateurs aux mains du financier Paul Desmarais. Né à Sudbury, en Ontario, M. Desmarais remet, à un très jeune âge, l’entreprise de transport familiale, alors en difficulté, sur la bonne voie. Puis, il acquiert des participations dans Transport Provincial et L’Impériale, Compagnie d’Assurance-Vie, et diversifie grandement ses placements par l’intermédiaire de La Corporation de Valeurs Trans-Canada (Trans-Canada), une société holding montréalaise. Il prend le contrôle de Power Corporation dans le cadre d’une offre d’échange d’actions avec Trans-Canada.
La stratégie de M. Desmarais est d’améliorer les fonds autogénérés de Power Corporation et d’exercer un contrôle direct sur quelques placements, acquis pour le long terme, dans de grandes entreprises diversifiées pour en améliorer le rendement. En 1971, les deux tiers de l’actif du portefeuille de la Société sont investis dans des filiales d’exploitation, contre moins de 40 % en 1968.
Parmi les principaux actifs de Power, on compte Canada Steamship Lines (transport); Consolidated-Bathurst (pâtes et papiers); le Groupe Investors, La Great-West, compagnie d’assurance-vie, et le Montréal Trust (services financiers); et Gesca (communications).
À peine Power Corporation s’est-elle trouvée une nouvelle vocation que l’Amérique du Nord subit le triple assaut d’une récession, de la stagflation et de deux crises du pétrole. Bien que de nombreuses entreprises de la Société se heurtent à des difficultés dans les années 1970, Power Corporation maintient sa rentabilité et sa croissance grâce à l’expérience de ses administrateurs, au talent et au dévouement des dirigeants et des employés des sociétés du groupe ainsi qu’au leadership stratégique de l’actionnaire majoritaire.
Au début des années 1980, la conjoncture est difficile au Canada. L’inflation fait de nouveau rage, les taux d’intérêt frisent les 20 % et les perspectives de reprise économique sont sombres. Malgré un actif solide et de bons bénéfices, Power juge prudent de réaménager son capital et de réduire sa dette à long terme.
En juillet 1981, Power Corporation vend le groupe CSL, propriété exclusive qui comprend Canada Steamship Lines et les services d’autocars à l’origine de la carrière de M. Desmarais.
En avril 1984, pour réaliser son ambition de créer un groupe de services financiers intégré, Power cède ses parts dans le Groupe Investors, La Great-West, compagnie d’assurance-vie, et le Montréal Trust à une nouvelle filiale, la Corporation Financière Power, qui lance un appel public à l’épargne l’année suivante. Une autre série d’opérations effectuées en 1984 et 1985 permettent à la Société d’éliminer entièrement sa dette à long terme.
En janvier 1989, Power reçoit de Stone Container Acquisition Corporation une offre non sollicitée pour ses actions de Consolidated-Bathurst. Cette offre alléchante, qui atteint deux fois et demie la valeur comptable des actions, est déposée alors que la Société s’inquiète des perspectives du secteur des pâtes et papiers.
Deux mois plus tard, en mars 1989, la société-mère de Bell Canada, BCE Inc., cherche à acquérir les actions du Montréal Trust que possède la Corporation Financière Power. Cette offre est acceptée, en grande partie parce que la Financière Power doute de l’aptitude d’une entreprise de dépôt de taille moyenne à résister à la concurrence des banques à charte canadiennes.
M. Robert Gratton, qui a piloté le Montréal Trust durant sept ans, années au cours desquelles l’entreprise a affiché une forte croissance et une amélioration sensible de ses résultats financiers, entre par la suite au service de la Corporation Financière Power et en devient chef de la direction en 1990.
Power Corporation n’a aucune dette et dispose d’abondantes liquidités lorsque sonne l’heure de la libéralisation des échanges et de la mondialisation au début des années 1990. Elle est prête à saisir de nouvelles occasions mais n’est pas pressée de le faire tant que la conjoncture demeure instable.
En Europe, Power renforce la position qu’elle a prise en 1981 dans Pargesa Holding SA, une société suisse. Lorsque Pargesa acquiert les entreprises étrangères de la Compagnie Financière de Paris et des Pays-Bas (la banque française communément appelée Paribas) juste avant sa nationalisation par le gouvernement de France, Power Corporation prend le contrôle de la société de holding avec d’autres partenaires, notamment l’homme d’affaires belge Albert Frère.
Sous l’impulsion commune de la Financière Power et du groupe Frère, la stratégie qu’applique Pargesa en Europe dans les années 1990 reflète celle de Power au Canada vingt ans plus tôt : Pargesa s’emploie à augmenter ses participations dans quelques entreprises diversifiées susceptibles de devenir des chefs de file mondiaux sur leurs marchés respectifs, puis à confier leurs destinées à des gestionnaires de grande compétence et à faciliter leur essor en renforçant leurs bilans.
Dans le secteur industriel, Pargesa prend une participation majoritaire dans Imétal S.A., un groupe français de production de minéraux et de matériaux de construction (qui adopte ensuite la dénomination Imerys S.A.).
Dans le secteur de l’énergie, Pargesa devient, en 1999, le plus gros actionnaire de Totalfina Elf, la quatrième pétrolière intégrée au monde.
Dans le secteur des communications, Pargesa contrôle indirectement la Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion, qui sera fusionnée plus tard avec les filiales de radiodiffusion du groupe allemand Bertelsmann pour créer le plus important groupe de télévision et de radio d’Europe.
Dans le secteur des services publics, Pargesa acquiert une participation importante dans Suez Lyonnaise des Eaux, un groupe qui vise quatre secteurs : l’énergie, l’eau, la gestion des rebuts et les communications. Ce groupe emploie quelque 185 000 personnes dans plus de 120 pays.
L’expansion des activités de Power Corporation ne se cantonne pas à l’Europe. En Amérique du Nord, Great-West Life & Annuity Insurance Company, filiale en propriété exclusive de La Great-West, compagnie d’assurance-vie, s’affirme progressivement comme un chef de file dans les domaines des programmes d’avantages sociaux et des produits de retraite aux États-Unis. Au Canada, La Great-West, compagnie d’assurance-vie, et le Groupe Investors se classent premiers du secteur de l’assurance-vie et maladie et de celui des fonds communs de placement, respectivement.
À l’autre bout du monde, Power Corporation s’efforce de consolider la relation privilégiée et durable qu’elle entretient avec le gouvernement de la Chine depuis la fin des années 1970. En 1986, la coentreprise créée par Power Corporation pour acheter une usine de pâte à papier de la Colombie-Britannique dans le cadre d’une alliance avec la filiale canadienne de China International Trust and Investment Corporation (CITIC), l’organe d’investissement à l’étranger de la République Populaire de Chine, représente alors le plus gros investissement jamais effectué par CITIC hors de Chine. Bien qu’elle ait vendu ses intérêts dans l’usine en 1992, Power continue de chercher des possibilités de collaboration avec CITIC et d’autres investisseurs asiatiques.
Elle fonde donc Power Pacific Corporation, qui ouvre des bureaux à Hong Kong en 1994 et à Beijing en 1998. Cette société aménage, en association avec CITIC, des terrains industriels dans la zone économique spéciale de Pudong, près de Shanghaï, et elle construit des voitures de chemin de fer en Chine en partenariat avec des sociétés canadiennes et chinoises. Mais surtout, Power prend une participation dans CITIC Pacific Limited, une société holding ouverte diversifiée relevant de CITIC et basée à Hong Kong. Cette société détient des positions dans les secteurs de la production d’électricité, du transport, des communications et de l’immobilier.
Le 10 mai 1996, Paul Desmarais renonce officiellement à ses fonctions de président du conseil et chef de la direction de Power Corporation, dont il reste président du comité exécutif et actionnaire majoritaire. Paul Desmarais, jr est nommé président du conseil et co-chef de la direction, et André Desmarais devient président et co-chef de la direction.
Après avoir réalisé un profit important à la vente de sa participation minoritaire dans Southam Inc., la plus grande maison d’édition de journaux du Canada, la Société achète et annule 17 millions de ses actions détenues par Paribas; cette mesure réduit de 13,5 % le nombre des actions participantes en circulation de Power.
Puis, au second semestre de 1997, Great-West Lifeco dépose, avec l’appui de la Financière Power et du Groupe Investors, une offre visant l’acquisition de l’intégralité des actions du Groupe d’assurances London, lui-même détenteur de la quasi-totalité des actions de la London Life, Compagnie d’Assurance-Vie. La fusion fait de La Great‑West la plus grande compagnie d’assurance-vie et maladie du Canada.
Great-West Life & Annuity affermit sa présence sur le marché américain en 1998 et en 1999, en achetant les unités d’assurance-maladie collective d’Anthem Health & Life Insurance Company, d’Allmerica Financial Corporation et de General American Life Insurance Company. Ces acquisitions lui permettent de devenir la huitième société ouverte de soins gérés en importance aux États-Unis.
Initiées par Paul Desmarais, jr et André Desmarais, ces opérations, ainsi que plusieurs autres, portent, à l’orée du 21e siècle, les bénéfices d’exploitation et les dividendes de Power Corporation et de la Financière Power à des niveaux record. En plus d’ouvrir de nouvelles perspectives de croissance, ils font la preuve que la transmission des pouvoirs de la Société s’est opérée sans heurts et que la direction des sociétés de portefeuille et des filiales d’exploitation du groupe relève de chefs de file qui ont hérité du dynamisme de leurs prédécesseurs.
La décennie suivante se caractérise par la hausse des bénéfices, sauf en 2008, année où une crise financière foudroie l’économie mondiale. La Société maintient sa stratégie : investir dans quelques entreprises susceptibles de devenir des chefs de file dans leur domaines, collaborer avec de solides équipes de direction en vue d’assurer des bénéfices stables, une croissance rentable et de la valeur pour les actionnaires, ainsi que veiller à ce que Power Corporation et les sociétés membres du groupe affichent constamment des bilans solides qui leur permettront de résister aux hauts et aux bas du marché ou de saisir de nouvelles occasions.
Great-West Lifeco acquiert la Corporation Financière Canada-Vie et Putnam Investments, société de gestion d’actifs établie à Boston, en 2003 et en 2007, respectivement. Puis, en 2008, l’une de ses filiales vend son unité de soins de santé américaine, car elle n’est pas en mesure d’assurer la réussite à long terme de l’entreprise.
Le Groupe Investors (ultérieurement intégré à la Société financière IGM) affermit sa position de principale société de fonds communs de placement au Canada en acquérant la Corporation Financière Mackenzie en 2001 et une participation de 75 % dans Investment Planning Counsel en 2004.
En Europe, Pargesa accroît sa position dans Lafarge, un leader mondial des matériaux de construction, en 2006, et dans Pernod Ricard, un co-leader mondial des vins et spiritueux, en 2007. Il se départit aussi de ses parts dans Bertelsmann cette année-là.
Gesca Ltée, qui détient La Presse à Montréal, achète six nouveaux quotidiens au Québec en 2001, ce qui en a fait le principal groupe de presse écrite en langue française au Canada. La société créé également Cyberpresse (maintenant lapresse.ca), un site Web de nouvelles et d’information en français.
En Asie, outre sa participation dans CITIC Pacific, Power Corporation devient la première société canadienne à obtenir une licence QFII (Qualified Foreign Institutional Investor), qui lui permet d’investir directement dans des sociétés ouvertes chinoises. Par ailleurs, elle constitue des portefeuilles de placements privés et de placements de capital de risque en Europe et aux États-Unis.
Le modèle d’affaires de Power Corporation lui a permis de résister aux hauts et aux bas du marché. Les filiales de services financiers de la Société présentent de solides données fondamentales, sont gérées de manière prudente, bénéficient de réseaux de distribution concurrentiels et stratégiques, offrent des produits à valeur ajoutée et affichent des coûts peu élevés. Elles ont non seulement dégagé d’excellents bénéfices d’exploitation, maintenu leurs dividendes et conservé leurs cotes de crédit durant la crise financière de 2008, mais elles ont aussi réussi à obtenir des capitaux et à miser sur leurs forces pour accroître leur part de marché. Parallèlement, les autres placements de la Société sont diversifiés, découlent de solides relations à long terme et enregistrent d’excellents rendements. Power Corporation est donc en très bonne position pour relever les défis qui s’annoncent et en tirer parti.